Jesus, Kanye et moi (Chronique de Jesus is King)

Il est enfin là ! L’album « Jesus is King » de Kanye West est sorti le 25 octobre dernier et il a fait tout autant réagir les croyants que les non-croyants.

Pour les uns, le retour vers un christianisme assumé de Ye ne serait qu’une façon de faire du buzz et ce disque, rien d’autre qu’une fantaisie de plus de la part d’un artiste à l’égo démesuré.

Pour les autres, ce serait le retour du génie et « Jesus is King« , une œuvre audacieuse supplémentaire dans la discographie d’un artiste génial.

Devant autant de passion et de déchainement dans les médias et les réseaux sociaux, j’ai choisi de poser les choses et de prendre mon temps avant de faire la chronique de cet album. Et aussi d’en faire une vidéo 😉 que vous pouvez retrouver ci-dessous.

Mon histoire avec Yeezy

Avant de parler de « Jesus is King« , je suis obligé de vous parler de mon histoire avec Kanye West et de mon rapport à la musique.

Je me suis mis à écouter sérieusement de la musique lors de ma période lycéenne. Ma préférence s’est vite porté sur le rap et j’ai vite appris à connaitre son histoire et ses influences ce qui m’a amené à écouter de la musique Soul, Disco, Electro, Reggae …

Encore aujourd’hui j’aime connaître les détails qui ont fait naitre un morceau et cela m’inspire beaucoup dans mon travail en tant qu’artiste. Au delà de la technique, ce que j’apprécie avant tout c’est ce que dégage une musique et son auteur. Son énergie et son authenticité.

En toute logique, lorsque Kanye West a débarqué d’abord en tant que producteur avec sa touche Soulful, j’ai accroché directement. Comment ne pas rester insensible au morceau « Takeover » de Jay-z sur l’album Blueprint (le morceau clash contre Nas et Mobb Deep), la boucle de piano sur « Get By » de Talib Kweli, l’entêtant « Stand Up » de Ludacris, le soulful « You Don’t Know my Name » d’Alicia Keys ou encore le puissant « Muzik » du rappeur Knocturnal sur la B.O du film « Le Transporteur« .

Clip du morceau « Get By » de Talib Kweli

Puis j’ai continué à suivre le bonhomme. Je l’ai vu sortir son 1er projet en tant que MC, « College Dropout » et son savoureux mélange de soul, de rap, de gospel, de sample, d’orchestration et de folie (The New Workout Plan).

Je l’ai vu lancer son label Good Music et sortir l’excellent 1er album de John Legend. Un album que j’ai tellement aimé que je suis allez voir le crooner lors de son premier concert en France à l’Olympia (avec l’irrésistible première partie de la chanteuse anglaise Estelle).

Je l’ai vu prendre son envol avec « Late Registration » que je considère comme son meilleur album puis exploser internationalement avec son 3ème album « Graduation » et le morceau « Stronger« .

Je l’ai vu changer l’industrie musicale avec « 808s & Heartbreak« , un projet avant gardiste aux sonorités à la fois tribales, electro et hip hop et une utilisation d’autotune inédite pour l’époque (d’une autre manière que T-Pain) qui a inspiré de nombreux autres artistes.

Je l’ai vu … Nan, en fait c’est tout ! J’ai arrêté d’écouter Kanye West en 2010, l’année de la sortie de son album « My Beautiful Dark Twisted Fantasy » et aussi l’année de mon baptême.

Image du Clip « Power »

Ma nouvelle naissance coïncide avec le début d’une période plus sombre musicalement pour Kanye West. Je regardais de tant en tant son actualité et je voyais un artiste à l’égo surdimensionné rongé de plus en plus par ses démons intérieurs.

Pour moi, c’était une période où je faisais très attention à ce que j’écoutais. Impossible donc de me pencher sur des projets comme « Watch The Throne » et le provocateur morceau « No Church in the Wild » ou pire encore « Iam God » sur son album « Yeezus« .

J’ai tout de même survolé « The Life of Pablo » décrit comme un album Gospel par l’artiste lui même (c’était surtout de la provocation). J’ai également eu un pincement au coeur en écoutant « ye » qui montrait clairement le combat intérieur que menait l’artiste à l’époque (dépression, obsession, addiction).

Et enfin, j’ai vu l’annulation de son album « Yandhi » et suivi de loin les « Sunday Service » que Kanye animait tout au long de l’année 2019.

Jesus is King et il n’y a rien à ajouter !

Kanye qui sort un album « Jesus is King » mais c’est une blague ou quoi ? C’est ce que j’ai pensé au début. Puis je me suis repenché sur l’histoire du MC, son vécu, ses périodes fastes et ses périodes sombres.

Au final, il n’y a rien d’étonnant à voir Kanye West sortir un album avec ce titre ni de le voir déclarer son amour pour Dieu sur tous les plateaux TV.

L’histoire de Kanye, c’est l’histoire de chacun d’entre nous (à des échelles différentes bien sûr). L’histoire d’un homme avec un passé, un présent et un avenir. Des moments glorieux, d’autres moins.

Un homme qui a été tiraillé par son égo, ses obsessions et ses addictions et finalement un homme qui se remet en question, qui cherche la vérité et la paix et qui la trouve en Jésus (enfin je l’espère).

Je suis le chemin, la vérité, et la vie.

Jean 14:16

Que sa démarche envers Dieu avec cet album soit sincère ou non, ce n’est pas à moi d’en juger. Par contre, le contenu de celui-ci peut nous donner quelques indications sur l’état d’esprit du MC.

Sur le morceau « Selah« , Kanye déclare qu’il a été sauvé. Sur « Jesus is Lord » que Jésus est Seigneur. Sur « Follow God » qu’il recherche Dieu. Sur « Water« , son deuxième couplet est une proclamation du nom de Jésus. Sur « God is » il annonce que Jésus l’a sauvé … Je pense que vous avez compris.

Kanye, touché par les critiques des chrétiens

Le morceau « Hands On » en featuring avec Fred Hammond a particulièrement attiré mon attention notamment dans les paroles. Kanye s’attarde un instant sur les critiques venant de la communauté chrétienne.

J’ai dit que je faisais un album de gospel

Qu’est-ce que les chrétiens

ont dit ?

Ils ont été les premiers

à me juger

Comme si personne ne m’aimait

J’ai dit que ma mission était de parler de Dieu

Qu’est-ce que les chrétiens

ont dit ?

Ils ont été les premiers

à me juger

Comme si personne ne m’aimait

Kanye West – Hands On

On sent toute la frustration d’un artiste blessé par la critique. Imaginez vous faire quelque chose de tout votre coeur pour Dieu et être victime de critique accablante de la part de vos frères et soeurs en Christ. Comment réagiriez-vous ? Sur ce point, difficile de reprocher à Kanye de ne pas être sincère.

Kanye fait du Kanye !

En ce qui concerne la forme en elle même, le point le plus marquant est la durée de l’album relativement courte (27 minutes). Il est vrai que je suis resté sur ma faim arrivé au dernier morceau. J’ai eu comme l’impression que ce projet était inachevé.

Musicalement, les influences « Gospel » sont bien là avec la présence de choeurs magistraux disséminés un peu partout sur l’album. Le Kanye « sampleur » est également de la partie avec quelques bons vieux samples coupés comme il faut. Kanye fait du Kanye, on nage en terrain connu.

L’artiste c’est tout de même essayer à l’expérimentation avec par exemple le mélange orgue, percussion, choeur sur « Selah » ou encore le captivant « Closed on Sunday ».

« Water » avec sa petite boucle de guitare à ma préférence. Le morceau est bien construit et en plus on y découvre le chanteur Ant Clemons !

L’album est court mais bon et que dire de plus si ce n’est que « Jesus is King » et que finalement c’est tout ce qui compte !